Accepter ce qui ne dépend pas de nous : une leçon stoïcienne face à la maladie 

« Ne cherche pas à faire que les événements arrivent comme tu veux, mais veuille les événements comme ils arrivent, et le cours de ta vie sera heureux. »
Épictète, Manuel, Flammarion, Paris 1997, p. 67.

 Loin d’être une invitation à la résignation pure et simple, cette citation constitue le cœur même du stoïcisme : cesser de se battre contre ce qui dépasse notre pouvoir et réorienter notre énergie vers ce qui dépend réellement et uniquement de nous.

Ce ne sont pas les événements qui nous abiment, mais ce que nous en faisons

Épictète ne dit pas que tous les événements sont bons. Il dit juste qu’ils sont.
Un diagnostic de non-rémission envisageable, des douleurs difficilement traitables, un épuisement imposant d’abandonner le programme de la journée : tout cela n’a rien de « positif » bien évidemment. 

Le stoïcisme ne demande pas d’aimer la sentence fatale, la douleur, la fatigue extrême. Il exige quelque chose de bien plus subtil : ne pas ajouter à la dure réalité un fardeau fabriquée par nos propres interprétations.

Car la plupart du temps, ce qui nous écrase n’est finalement pas l’événement lui-même, mais l’enchaînement mental qui suit :

  • « Ça n’aurait pas dû m’arriver. »
  • « Je ne vais jamais y arriver. »
  • « C’est tellement injuste. »

Ces phrases — que l’on ne se dit parfois qu’à soi, à voix basse — sont autant de coups supplémentaires portés à la situation par notre propre esprit. Elles transforment un fait brut en souffrance intérieure destructrice.

Le stoïcisme coupe court à cette auto-destruction.

Le stoïcisme : l’art de reprendre une forme de souveraineté intérieure

Les stoïciens posent une distinction simple mais redoutablement efficace :

  • Dépend de moi : mes jugements, mes actions, ma manière de répondre à ce qui arrive.
  • Ne dépend pas de moi : tout le reste et notamment la maladie qui me tombe dessus.

Ce mécanisme interne peut tellement adoucir une situation difficile. Certes il ne supprime pas la maladie, mais il modifie l’espace intérieur dans lequel elle se déploie.
Il ne retire ni la fatigue ni la douleur, mais il retire le poids mental qui l’accompagne.
Il ne rend pas les événements plus doux, mais il les rend vivables — parfois même féconds.

Le stoïcisme n’est pas une théorie philosophique hypocrite : c’est une véritable stratégie de survie.

Quand on vit avec une maladie chronique, le stoïcisme n’est pas un leurre : c’est une ressource vitale

Face à une maladie handicapante, l’enjeu n’est pas de « positiver » naïvement.
C’est de ne pas se laisser déposséder de soi par ce que la maladie engendre et impose.

Là où la médecine ne peut pas tout, la philosophie, elle, peut beaucoup :

  • Elle offre un cadre pour apprivoiser l’incertitude et l’anxiété qui en résulte.
  • Elle rappelle que ni la liberté ni la dignité ne disparaissent mais se déplacent. 
  • Elle apprend à distinguer la réalité de l’histoire de ce que l’on se raconte sur cette réalité. 

Épictète, qui était esclave et boiteux, ne s’inventait pas un confort abstrait.
Il savait ce que signifie vivre avec un corps limité et donc qui limite.
Il avait compris ce que signifiait avancer malgré un destin qui ne ressemble pas à celui des personnes riches et valides.

Sa phrase n’est donc pas une injonction naïve. Loin de là ! 
C’est une magnifique incitation à la résistance :
« Ne perds pas ton temps à vouloir réécrire ce qui est donné. Consacre-toi à la part qui reste tienne. »

Accueillir les événements comme ils arrivent ne veut pas dire y consentir, les aimer ou les considérer comme justes.
Cela signifie : cesser de gaspiller son énergie à vouloir qu’ils soient différents et se réinventer une vie qui aurait pu être plus douce.

C’est un repositionnement intérieur totalement libre et éclairé :

  • Je n’ai pas choisi la maladie, mais je choisis la posture avec laquelle je la traverse.
  • Je n’ai pas choisi la fatigue, mais je choisis ce que je fais de mes forces restantes.
  • Je n’ai pas choisi l’événement, mais je choisis la suite que je décide d’y donner.

Le voici donc, mon allié concret du quotidien 🙂

Conclusion pour ceux qui vivent « sous un ciel voilé »

Lorsque l’on vit avec un corps limité, chaque journée est imprévisible.

Certains moments se passent plutôt bien et d’autres vous rappellent brutalement vos contraintes.

Ce que dit Épictète, c’est que la liberté n’est pas là où on la cherche spontanément.
Elle n’est pas dans la maîtrise physique du réel.
Elle est dans la maîtrise spirituelle de l’interprétation du réel.

À partir de là, même sous la contrainte, un espace de liberté et de création demeure et bien que différent, il peut être fructueux et même plus fructueux.  

En somme, le stoïcisme n’est pas une fausse consolation.
C’est un véritable cadre de puissance pour continuer à vivre heureux et à réaliser ses propres choix, même lorsque la maladie impose ses lois.

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