La résilience : faut-il vraiment s’habituer à l’insupportable ?
« Résilience ». Le mot est partout. On nous en parle dans les médias, dans les conférences, dans les réunions de travail, dans les dîners amicaux. Soyez résilient. Comme si c’était une vertu universelle, une obligation morale, une fin en soi.
Mais que recouvre réellement cette injonction à la résilience ? Et à quel prix doit-on « tenir » quand on est malade, quand on souffre, quand on se heurte jour après jour à des systèmes rigides, indifférents, parfois violents ?
Résilience : un mot piégé
La résilience, dans son acception psychologique, désigne la capacité d’un individu à surmonter un traumatisme ou une épreuve. En soi, c’est une force. Une ressource intérieure, souvent insoupçonnée, qui permet de continuer à vivre malgré les coups reçus.
Mais aujourd’hui, le terme a été récupéré, déformé. On en a fait un mot d’ordre. Une formule magique censée nous faire taire. Résilient, donc silencieux. Résilient, donc docile. Résilient, donc adapté à tout, même à ce qui ne devrait jamais l’être.
Le piège de l’acceptation sans limite
Lorsqu’on est malade, on apprend vite à s’adapter : aux douleurs, aux examens répétés, parfois intrusifs, aux attentes interminables à l’hôpital, aux lenteurs administratives (des MDPH, CPAM….), aux injustices aussi (du public ou du privé). On devient habitué. Et parfois, à force, résigné.
Mais est-ce cela, la résilience ? Apprendre à ne plus s’indigner ? À ne plus se plaindre ? À tout encaisser sans broncher ?
Il faut le dire clairement : non. La résilience ne doit pas être une assignation à la passivité sans fin. Elle ne consiste pas à se fondre dans la douleur ou à s’y accoutumer au point de la normaliser. Ce n’est pas sain. Ce n’est pas juste. Et ce n’est pas viable, du moins sur du long terme.
Résister, aussi
Être résilient, c’est parfois se relever. Mais c’est aussi, souvent, résister. Dire non. Poser ses limites. Réclamer une prise en charge digne, rapide, efficace. Se battre pour ses droits. Pleurer, crier, écrire, dénoncer. Ce n’est pas l’inverse de la résilience : c’en est tout au contraire une forme essentielle.
Refuser l’insupportable, ce n’est pas manquer de courage. C’est précisément faire preuve de lucidité. De respect de soi. De respect de la justice. Et parfois, ce refus est justement ce qui nous permet de tenir.
Et si on changeait de regard ?
Au lieu de dire à un malade « c’est bien vous êtes résilient », commençons par lui demander plutôt « de quoi avez-vous besoin en ce moment ? »
Au lieu de l’admirer pour sa force passive et silencieuse, reconnaissons sa lutte active quotidienne et aidons-le.
Et s’il se plaint, écoutons-le. Parce que se plaindre, c’est vivre. Et se souvenir que l’on mérite mieux.