{"id":321,"date":"2025-09-26T14:01:27","date_gmt":"2025-09-26T12:01:27","guid":{"rendered":"https:\/\/kos-avocats.fr\/ameliecoeurbattantcorpspatient\/?p=321"},"modified":"2025-09-26T14:01:29","modified_gmt":"2025-09-26T12:01:29","slug":"%f0%9f%8e%b6-un-mercredi-davril-entre-deux-mondes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kos-avocats.fr\/ameliecoeurbattantcorpspatient\/2025\/09\/26\/%f0%9f%8e%b6-un-mercredi-davril-entre-deux-mondes\/","title":{"rendered":"\ud83c\udfb6\u00a0Un mercredi d\u2019avril entre deux mondes"},"content":{"rendered":"\n<p>Le&nbsp;<strong>mercredi 26 avril 2017<\/strong>, j\u2019\u00e9tais hospitalis\u00e9e en m\u00e9decine interne \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Cochin. C\u2019\u00e9tait un jour banal, rythm\u00e9 par les prises de sang, les bilans, les va-et-vient des \u00e9quipes de soin, et cette forme d\u2019attente \u00e9trange qui s\u2019installe lorsqu\u2019on ne sait ni combien de temps on va rester, ni ce que l\u2019on va d\u00e9couvrir sur son propre corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, quelque chose d\u2019inattendu s\u2019est produit.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux musiciens de l\u2019<strong>association Tournesol \u2013 Artistes \u00e0 l\u2019h\u00f4pital<\/strong>&nbsp;sont pass\u00e9s dans les chambres. Guitare, accord\u00e9on\u2026 Ils ont commenc\u00e9 \u00e0 jouer du&nbsp;<strong>swing musette<\/strong>, mais tr\u00e8s vite, les rythmes se sont m\u00eal\u00e9s\u202f: un souffle&nbsp;<strong>br\u00e9silien<\/strong>, une touche de&nbsp;<strong>tango argentin<\/strong>, une improvisation l\u00e9g\u00e8re, facile et enjou\u00e9e&#8230; comme une agr\u00e9able brise estivale.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais&nbsp;<strong>subjugu\u00e9e<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y avait plus de perfusion, plus de tension art\u00e9rielle \u00e0 surveiller, plus de diagnostics en suspens. Seulement ce moment de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et d&rsquo;insouciance, cette musique qui m\u2019a litt\u00e9ralement&nbsp;<strong>transport\u00e9e ailleurs<\/strong>, loin du lit d\u2019h\u00f4pital, loin de la maladie. Le swing entrait en vibration avec mon c\u0153ur fatigu\u00e9, et chaque note r\u00e9sonnait en moi comme une forme de r\u00e9sistance douce \u00e0 l\u2019angoisse et \u00e0 l\u2019isolement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\ud83c\udfb5 L\u2019art, un soin invisible mais puissant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cet instant m\u2019a marqu\u00e9e \u00e0 jamais. Il m\u2019a rappel\u00e9 combien&nbsp;<strong>l\u2019art<\/strong>&nbsp;\u2013 et en particulier&nbsp;<strong>la musique&nbsp;<\/strong>\u2013 peut agir comme un&nbsp;<strong>soin \u00e0 part enti\u00e8re<\/strong>,&nbsp;<strong>non m\u00e9dicamenteux<\/strong>, mais&nbsp;<strong>profond\u00e9ment th\u00e9rapeutique<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque l\u2019on est malade, on se sent souvent r\u00e9duit \u00e0 son corps d\u00e9faillant. La musique, elle, nous&nbsp;<strong>redonne une part de notre humanit\u00e9<\/strong>, de notre&nbsp;<strong>capacit\u00e9 \u00e0 ressentir<\/strong>, \u00e0&nbsp;<strong>vibrer<\/strong>, \u00e0&nbsp;<strong>s\u2019\u00e9mouvoir<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces musiciens n\u2019\u00e9taient pas l\u00e0 pour divertir. Ils \u00e9taient l\u00e0 pour&nbsp;<strong>cr\u00e9er un lien vivant<\/strong>, une parenth\u00e8se po\u00e9tique dans un lieu domin\u00e9 par la science, la technique et la gravit\u00e9. Et cela a tout chang\u00e9, pour moi, ce jour-l\u00e0. J&rsquo;en ai pleur\u00e9 de joie&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\ud83c\udf3f Porter la beaut\u00e9 jusque dans la chambre du malade<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis ce moment, j\u2019ai toujours gard\u00e9 \u00e0 l\u2019esprit l\u2019importance de&nbsp;<strong>d\u00e9fendre l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la culture dans les \u00e9tablissements de sant\u00e9<\/strong>. Non pas comme un luxe, mais comme une&nbsp;<strong>n\u00e9cessit\u00e9 humaine<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019il s\u2019agisse de musique, de peinture, de po\u00e9sie ou de th\u00e9\u00e2tre, l\u2019art a cette capacit\u00e9 rare\u202f:&nbsp;<strong>il soulage sans masquer, il accompagne sans nier, il \u00e9veille sans fatiguer<\/strong>. Il nous relie au vivant quand tout autour semble fig\u00e9 dans la douleur et l&rsquo;irr\u00e9versible.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai jamais revu ces deux musiciens, mais leur passage, ce mercredi-l\u00e0, continue de m\u2019habiter. Comme une&nbsp;<strong>m\u00e9moire musicale de la r\u00e9sistance int\u00e9rieure<\/strong>, discr\u00e8te mais d\u00e9termin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne les remercierai jamais assez&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le&nbsp;mercredi 26 avril 2017, j\u2019\u00e9tais hospitalis\u00e9e en m\u00e9decine interne \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Cochin. 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