{"id":420,"date":"2026-07-10T17:36:42","date_gmt":"2026-07-10T15:36:42","guid":{"rendered":"https:\/\/kos-avocats.fr\/ameliecoeurbattantcorpspatient\/?p=420"},"modified":"2026-07-10T17:36:43","modified_gmt":"2026-07-10T15:36:43","slug":"le-jardinier-qui-ne-regarde-pas-la-recolte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kos-avocats.fr\/ameliecoeurbattantcorpspatient\/2026\/07\/10\/le-jardinier-qui-ne-regarde-pas-la-recolte\/","title":{"rendered":"Le jardinier qui ne regarde pas la r\u00e9colte"},"content":{"rendered":"\n<p>J&rsquo;ai toujours aim\u00e9 l&rsquo;image du jardinier (je parle ici de l&rsquo;amateur).<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre parce qu&rsquo;elle est l&rsquo;une des plus justes pour parler de la maladie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jardinier se l\u00e8ve le matin. Il pr\u00e9pare la terre. Il retire les mauvaises herbes. Il arrose. Il prot\u00e8ge les jeunes pousses. Il attache les tuteurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, il sait que la r\u00e9colte ne lui appartient pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Il peut tout faire correctement et subir malgr\u00e9 tout une semaine de gel. Il peut avoir travaill\u00e9 pendant des mois et voir un orage d\u00e9truire ses tomates en une nuit. Il peut semer dix graines et n&rsquo;en voir lever que trois.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors pourquoi continue-t-il ?<\/p>\n\n\n\n<p>Parce qu&rsquo;il a compris que la valeur de son travail ne r\u00e9side pas seulement dans le r\u00e9sultat final mais dans l&rsquo;acte m\u00eame de cultiver.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on tombe malade, on vit souvent dans l&rsquo;attente d&rsquo;une r\u00e9colte imaginaire :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le jour o\u00f9 le traitement fonctionnera.<\/li>\n\n\n\n<li>Le jour o\u00f9 les douleurs dispara\u00eetront.<\/li>\n\n\n\n<li>Le jour o\u00f9 la fatigue reculera.<\/li>\n\n\n\n<li>Le jour o\u00f9 la m\u00e9decine trouvera enfin une solution.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Et pendant ce temps-l\u00e0, on regarde le bout du champ en oubliant de vivre dans le jardin.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai pass\u00e9 beaucoup de temps ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 me dire que la vie commencerait plus tard. Apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Quand j&rsquo;irai mieux\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Quand je serai moins fatigu\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Quand les m\u00e9decins auront trouv\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Quand la maladie sera stabilis\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis j&rsquo;ai compris que cette logique me condamnait \u00e0 reporter ind\u00e9finiment mon existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Car personne ne peut me promettre cette r\u00e9colte.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, je peux encore cultiver aujourd&rsquo;hui \ud83d\ude42:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Marcher quelques minutes.<\/li>\n\n\n\n<li>Cuisiner.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00c9crire.<\/li>\n\n\n\n<li>D\u00e9fendre un patient.<\/li>\n\n\n\n<li>Peindre une nature morte.<\/li>\n\n\n\n<li>Jouer du piano.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Je peux regarder pousser les tomates du potager.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela ressemble \u00e0 de petits gestes insignifiants. Et pourtant ce sont eux qui constituent la v\u00e9ritable vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jardinier ne passe pas ses journ\u00e9es \u00e0 contempler les l\u00e9gumes qu&rsquo;il r\u00e9coltera peut-\u00eatre dans six mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Il travaille la terre qui est sous ses pieds.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;occupe de ce qui d\u00e9pend de lui. Le reste appartient aux saisons.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette id\u00e9e rejoint profond\u00e9ment la philosophie sto\u00efcienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne contr\u00f4lons pas les \u00e9v\u00e9nements. Nous contr\u00f4lons seulement nos actes.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne ma\u00eetrise pas mes mastocytes. Je ne ma\u00eetrise pas les r\u00e9sultats de mes examens. Je ne ma\u00eetrise pas l&rsquo;\u00e9volution de ma maladie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je peux encore choisir comment je vais vivre cette journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je peux encore planter quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame minuscule. M\u00eame imparfait.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame sans garantie de r\u00e9sultat.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fond, la sagesse du jardinier n&rsquo;est peut-\u00eatre rien d&rsquo;autre que cela :<\/p>\n\n\n\n<p>Faire son travail avec soin.<\/p>\n\n\n\n<p>Aimer la terre que l&rsquo;on a re\u00e7ue.<\/p>\n\n\n\n<p>Accepter les saisons.<\/p>\n\n\n\n<p>Et comprendre que parfois, la plus belle r\u00e9colte n&rsquo;est pas au bout du chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans le simple geste de cultiver.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai toujours aim\u00e9 l&rsquo;image du jardinier (je parle ici de l&rsquo;amateur). Peut-\u00eatre parce qu&rsquo;elle est l&rsquo;une des plus justes pour parler de la maladie. Le jardinier se l\u00e8ve le matin. Il pr\u00e9pare la terre. Il retire les mauvaises herbes. Il arrose. Il prot\u00e8ge les jeunes pousses. Il attache les tuteurs.&nbsp; Et pourtant, il sait que la r\u00e9colte ne lui appartient pas. Il peut tout faire correctement et subir malgr\u00e9 tout une semaine de gel. Il peut avoir travaill\u00e9 pendant des mois et voir un orage d\u00e9truire ses tomates en une nuit. Il peut semer dix graines et n&rsquo;en voir lever que trois. Alors pourquoi continue-t-il ? Parce qu&rsquo;il a compris que la valeur de son travail ne r\u00e9side pas seulement dans le r\u00e9sultat final mais dans l&rsquo;acte m\u00eame de cultiver. Quand on tombe malade, on vit souvent dans l&rsquo;attente d&rsquo;une r\u00e9colte imaginaire :&nbsp; Et pendant ce temps-l\u00e0, on regarde le bout du champ en oubliant de vivre dans le jardin. J&rsquo;ai pass\u00e9 beaucoup de temps ainsi. \u00c0 me dire que la vie commencerait plus tard. Apr\u00e8s. \u00ab\u00a0Quand j&rsquo;irai mieux\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Quand je serai moins fatigu\u00e9e\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Quand les m\u00e9decins auront trouv\u00e9\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Quand la maladie sera stabilis\u00e9e\u00a0\u00bb. 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