Réflexion – L’utilisation des algorithmes : L’avènement d’un médecin-robot est-il à craindre ?

 

Le gouvernement vient de lancer son plan pour la recherche sur l’intelligence artificielle. 200 millions d’euros doivent être consacrés aux «3IA», des centres interdisciplinaires appelés à devenir les vaisseaux amiraux de la recherche française en intelligence artificielle.

La question de l’intelligence artificielle est donc brûlante, et une section de recherche dédié au domaine de la santé est prévue. Dans le domaine du droit, le gouvernement a annoncé, en 2018, son souhait de mettre en place des juge-robot. Grâce à l’algorithme mis en place, ce juge-robot pourra résoudre des litiges simples.

Dans le même ordre d’idée, on peut s’interroger sur la possibilité de mettre en place des « médecin-robot », reposant sur l’utilisation des algorithmes. Peut-on l’envisager ? En d’autres termes, le raisonnement par algorithmes est-il comparable à un raisonnement humain ?

Naturellement, la négative s’impose. En effet, les intelligences artificielles ne reproduisent pas l’intelligence humaine. Elles produisent des probabilités, de type statistique, par analyse de séquences lexicales, et opèrent des corrélations entre ces séquences lexicales dans un contexte donné.

L’intelligence artificielle ne saurait donc s’analyser comme une « science prédictive », mais plutôt comme un outil d’aide à la décision. En aucun cas, l’intelligence artificielle ne saurait se substituer à l’Homme. On émettra, à ce titre, trois réserves :

  1. le raisonnement humain repose sur une logique d’interprétation alors que le raisonnement de l’intelligence artificielle repose sur une logique de déduction.

 

  1. les statistiques ne sont pas forcément fiables ; elles peuvent avoir un effet déformant. On ne peut globaliser des situations, les personnes réagissant différemment face à la maladie.

  1. Mais surtout, l’intelligence artificielle ne tient pas compte d’un élément clé de toute relation humaine : l’éthique. Le génial roman d’anticipation de David Gruson, S.A.R.R.A., le met parfaitement en évidence…

Alors, faut-il craindre l’utilisation de l’intelligence artificielle en santé ? A mon sens, la crainte repose surtout sur la peur de l’inconnu, sur le mystère de la machine… Il est donc possible de passer cette crainte par un mécanisme de compréhension et d’éducation. Et surtout, il faut rappeler que certains progrès de la médecine ont été rendu possibles grâce à l’assistance des nouvelles technologies ? La chirurgie par robot présente des avantages puisqu’elle permet notamment d’accéder à des zones difficilement accessibles pour l’Homme. Le robot sécurise donc la pratique. Mais ici encore, la pratique démontre que les robots sont des aides et non des substituts…

A titre d’exemple et de conclusion, le 20 novembre dernier, la clinique du droit de SciencePo a rendu public un livre blanc sur les enjeux éthiques de la justice prédictive, ainsi qu’une charte éthique… Il y a fort à parier que, quel que soit le domaine d’utilisation de l’I.A., l’éthique restera un garde-fou humain indispensable et rassurant. 

 

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