
Ce que j’ai eu envie de transmettre à de jeunes femmes entrepreneures en situation de handicap
Il y a quelque temps, j’ai eu le plaisir d’intervenir auprès de jeunes femmes en situation de handicap qui se lançaient dans l’entrepreneuriat.
On m’avait demandé de venir partager mon expérience. Pas pour expliquer comment créer une entreprise ou développer une activité – d’autres le font très bien – mais pour parler d’une question beaucoup plus intime : comment durer lorsque l’on entreprend avec un corps qui ne répond pas toujours « présent ».
Au fil des échanges, je me suis rendu compte que les conseils que j’aurais aimé recevoir il y a quelques années étaient finalement assez simples.
1. Commencer par savoir pourquoi l’on entreprend
Créer son entreprise est exigeant pour tout le monde.
Lorsqu’on vit avec un handicap ou une maladie chronique, cette exigence est encore plus forte, car chaque journée mobilise déjà une partie de notre énergie.
Avant de réfléchir au statut juridique, au business plan ou à la communication, il faut donc se poser une question fondamentale :
Pourquoi ai-je envie de me lancer ?
La réponse sera notre boussole lorsque les difficultés arriveront.
2. Bien choisir les personnes qui nous entourent
On parle souvent du projet.
On parle beaucoup moins des personnes avec lesquelles on va construire ce projet.
Les bons associés, les bons partenaires, les bons prestataires, mais aussi le bon réseau d’accompagnement peuvent faire toute la différence.
Lorsque notre énergie est précieuse, chaque relation professionnelle doit être une source de soutien plutôt qu’une source d’épuisement.
3. Se donner un minimum de sécurité
L’entrepreneuriat comporte toujours une part d’incertitude.
Si cela est possible, disposer d’un petit matelas financier au départ permet de prendre de meilleures décisions.
On choisit davantage ses clients. On accepte moins les missions qui ne nous correspondent pas.
Et l’on évite de travailler uniquement dans l’urgence.
Cette sérénité matérielle, même imparfaite, est un véritable investissement.
4. Penser son entreprise au service de sa vie… et non l’inverse
J’ai insisté sur un point qui me paraît essentiel.
Notre entreprise n’est pas une fin en soi. Elle doit servir notre projet de vie.
Oui, il faudra probablement faire des concessions au début. Oui, certaines périodes demanderont davantage d’efforts.
Mais lorsque l’on vit avec un handicap, il faut savoir arrêter ces concessions plus tôt que les autres.
Notre énergie est une ressource limitée.
Elle mérite d’être investie là où elle a du sens.
5. Chercher des clients qui nous ressemblent
Pendant longtemps, on accepte parfois tous les dossiers, toutes les missions ou tous les clients.
Puis vient un moment où l’on comprend que la véritable réussite consiste à travailler avec des personnes qui partagent nos valeurs.
Les bons clients ne nous épuisent pas.
Ils donnent du sens à notre travail.
Et cette quête de sens doit devenir permanente.
6. Apprendre la patience
La maladie nous apprend souvent une qualité que nous n’avions pas choisie : la patience.
Cette patience peut devenir une force dans l’entrepreneuriat.
Certaines journées seront très productives.
D’autres le seront beaucoup moins.
Accepter ces fluctuations, ce n’est pas renoncer. C’est apprendre à construire dans la durée.
7. Ne pas s’isoler
C’est probablement le conseil que j’ai eu le plus de mal à appliquer moi-même.
Lorsque la fatigue augmente, le premier réflexe est souvent de se replier sur soi.
Pourtant, créer du lien est essentiel.
Quelques échanges sincères valent parfois beaucoup plus que des heures passées seule à essayer de tout résoudre.
8. Savoir dire non
Dire non n’est pas un échec.
C’est une compétence.
Refuser une mission, un rendez-vous ou une sollicitation qui dépasse nos capacités, c’est protéger notre santé et préserver notre capacité à dire oui à ce qui compte vraiment.
9. Accepter les compliments
Nous avons souvent tendance à minimiser ce que nous faisons.
À passer immédiatement au dossier suivant.
À considérer que ce n’est « que notre travail ».
J’ai appris qu’il fallait aussi accepter les remerciements.
Les écouter.
Les accueillir.
S’en nourrir.
Ils rappellent pourquoi nous faisons ce métier.
10. Oser être authentique
L’authenticité n’est pas seulement une qualité humaine.
Pour beaucoup de personnes vivant avec un handicap ou une maladie chronique, c’est aussi une nécessité.
Jouer un rôle, masquer en permanence ses difficultés ou chercher à paraître constamment en pleine forme demande une énergie considérable.
Une énergie que nous n’avons souvent pas.
Être soi-même est finalement beaucoup plus économique… et bien plus puissant.
11. S’écouter sans culpabiliser
Il y aura des jours où nous n’aurons pas la force de nous battre.
Des jours où il faudra renoncer.
Reporter.
Annuler.
Cela ne fait pas de nous de moins bonnes professionnelles.
Nous n’avons pas à avoir honte de nos limites.
Les reconnaître permet souvent d’aller beaucoup plus loin.
12. Préserver un équilibre
Le travail ne peut pas être notre seule source de satisfaction.
Cultiver d’autres espaces d’épanouissement est indispensable.
La famille.
Les amis.
La culture.
Le sport lorsque cela est possible.
La nature.
La création.
Toutes ces respirations nous permettent de revenir au travail avec davantage d’énergie.
13. Se rappeler chaque jour ce qui compte
J’ai partagé un petit exercice qui m’aide beaucoup.
Dessiner une roue.
D’un côté, inscrire les valeurs dont je souhaite me rapprocher.
De l’autre, les situations, les émotions ou les souffrances dont je souhaite progressivement m’éloigner.
Lorsque je dois prendre une décision importante, je regarde simplement dans quel sens elle fait tourner cette roue.
14. Se ménager est un véritable travail
Enfin, j’ai voulu rappeler une évidence que l’on oublie souvent.
Se préserver ne signifie pas faire moins.
Cela signifie s’organiser autrement.
Mettre de l’ordre.
Créer des méthodes.
Automatiser.
Déléguer lorsque c’est possible.
Accepter que tout ne repose pas sur nous.
L’organisation n’est pas une contrainte.
Elle est souvent la condition de notre liberté.
En conclusion
Si je devais résumer ce témoignage en une phrase, ce serait celle-ci :
Lorsque l’on entreprend avec un handicap ou une maladie chronique, la réussite ne consiste pas seulement à développer une entreprise. Elle consiste surtout à construire une activité qui nous permette de continuer à vivre pleinement.
Notre santé n’est pas un obstacle à contourner.
Elle fait partie intégrante du projet.
Et lorsque nous acceptons cette réalité, nous pouvons bâtir une entreprise plus solide, plus sereine… et profondément fidèle à ce que nous sommes.